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« Si j'avais eu la conscience suffisamment claire et les mots suffisamment nuancés pour l'exprimer, j'aurais aimé te dire que nous sommes là pour explorer, découvrir et partager ce qu'il y a de meilleur en nous. Chacun possède un trésor. Sois conscient et généreux de ton trésor et, en même temps, reste ouvert, attentif à recevoir le trésor des autres, disposé à apprendre et à te remettre en question. » (Rabindranath Tagore [1], Le jardinier d'amour)
C’est peu de dire que les termes habituels employés pour parler de l’Inde, aussi attentifs soient-ils à décrire aussi correctement que possible les réalités multiples de cet immense pays, restent très insuffisants.
La confrontation à la misère et au dénuement total qui touchent la très grande majorité de la population indienne peuvent nous conduire à une incompréhension profonde, à des interprétations rapides autant qu’erronées, et l’on peut être surpris, même choqués pour certains, de voir la joie rayonner néanmoins sur de nombreux visages :
« La leçon la plus importante que l’homme puisse apprendre dans sa vie n’est pas que la douleur existe dans le monde, mais qu’il dépend de nous d’en tirer profit, qu’il nous est loisible de la transmuer en joie. » (Rabindranath Tagore, Sadhana)
L’Inde est parcourue de contrastes extrêmes, dans une densité omniprésente de population et de mouvement. Les attitudes, les émotions, le vécu indien, que les photographies n’exprimeront toujours que très imparfaitement, ne sauraient être interprétés selon les critères occidentaux usuels.
Le retour d’un séjour en Inde, toujours déstabilisant, et tout autant stimulant, pour peu que l’on veuille bien sortir des circuits habituels, n’en est que plus difficile, et l’on peut comprendre que certains n’en soient pas revenus.
[1]
Rabindranath Tagore (1861 – 1941) Poète, romancier, dramaturge et philosophe de langues bengali et anglaise, il est aussi peintre et compositeur. Ce qui l'intéresse avant tout c'est le drame des humbles vies, en s'interrogeant simultanément sur l'identité indienne.
La nature est souvent considérée comme rassurante et bienfaisante pour l’être humain. On sait aujourd’hui que ce n’est qu’une illusion, et tous ceux qui ont pratiqué la montagne ou la haute montagne, la mer …, savent depuis longtemps qu’elle n’est pas un monde tranquille, immuable.
Depuis mes premières photographies dans les années 1970 en Bretagne jusqu’à des photographies plus récentes en montagne ou en forêt, en France ou ailleurs, j’ai pu ressentir profondément les menaces qui pouvaient planer par et sur elle.
Ces menaces, comme celles pesant sur les vies, dues à la misère autant qu’à des conditions environnementales désastreuses – les deux étant généralement liées -, ne sont pour autant pas insurmontables. Il est possible d’y faire face, comme ces enfants indiens, présentés dans ma série « Le Trésor des autres », souriant, restant ouverts aux autres malgré leurs conditions de vie insupportables. L’engagement de chaque instant de tous reste néanmoins nécessaire pour affronter les risques aujourd’hui criants.
Tous droits réservés | Marc Aubry